Actions parallèles

à la reconquête de l'espace urbain

L’Action parallèle: origines du terme

Le terme Action parallèle a été emprunté à l’écrivain autrichien Robert Musil, dans son roman inachevé L’homme sans qualités (Der Mann ohne Eigenschaften), datant du début des années 1930.

Selon la vision de Musil, l’ Action parallèle c’est :

-    l’occasion de donner une réalité à ce que l’on juge important ;

-    une grande idée, bouleversante, et non une idée ordinaire ou absurde ;

-    une action qui empoigne le cœur du monde, un poème, un miroir.

L’extrait qui suit replace ce terme dans son contexte original:

« Diotime commença en déclarant que l’Action parallèle était une occasion unique de donner une réalité à ce que l’on jugeait être les choses les plus importantes et les plus grandes de la vie. “ Nous devons et nous voulons donner réalité à une très grande idée. Nous en avons l’occasion, il serait criminel de la laisser passer ! ”

Naïvement, Ulrich demanda : “ Pensez‑vous à quelque chose de précis ? ”

Non, Diotime ne pensait à rien de précis. Comment l’aurait‑elle pu ? Aucun homme, parlant de ce qu’il y a de plus grand et de plus important au monde, ne prétend que ces choses aient une réalité. Mais à quelle étrange qualité du monde cela correspond‑il ? Tout se ramène à dire qu’une chose est plus grande, plus importante, plus belle ou plus triste qu’une autre, c’est‑à‑dire à un classement et à des comparatifs, et il n’y aurait pas de sommet, pas de superlatif ? (…)

27. Nature et substance d’une grande idée.

Il serait facile de dire en quoi cette idée consistait, mais personne ne pourrait embrasser sa signification ! En effet, ce qui distingue une grande et bouleversante idée d’une idée ordinaire, peut‑être même incompréhensiblement ordinaire et absurde, c’est qu’elle se trouve dans une sorte d’état de fusion grâce auquel le Moi pénètre dans des étendues infinies tandis que, réciproquement, les étendues du monde entrent dans le Moi, si bien qu’il devient impossible de distinguer ce qui vous appartient de ce qui appartient à l’Infini. C’est pourquoi les grandes et bouleversantes idées se composent d’un corps comme celui de l’homme, compact, mais caduc, et d’une âme éternelle qui leur donne leur signification mais est tout, sauf compacte ; chaque fois qu’on essaie de la saisir en termes précis, elle se dissout dans le néant.

(…) l’Action parallèle devait culminer en un symbole grandiose. Cela signifiait qu’elle ne pouvait se contenter de n’importe quel but sensationnel, fût‑il hautement patriotique. Non ! ce but devait empoigner le cœur du monde. Il ne pouvait être simplement pratique, il fallait qu’il fût un poème. Il fallait qu’il fût une borne. Il fallait qu’il fût un miroir dans lequel le monde se regarderait et rougirait. Et non seulement rougirait, mais encore découvrirait, comme dans les contes, son vrai visage, qu’il ne pourrait plus oublier. »

L’Homme sans qualité

Robert Musil



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