LA DÉTENTE, UN COLLECTIF – Yolène Le Roux
Événement - Ressources - Situation - Contact (yolene.le.roux@hotmail.fr)
Ère de la productivité, de l’optimisation du temps, de l’efficacité. Ne rien faire est un tabou.
Avec le travail, les responsabilités, les emplois du temps serrés, nous considérons ne pas avoir le droit, ni le temps, de perdre du temps. Nous ne laissons plus aucune place à la flânerie, à l’errance, à l’observation. Les courts moments passés à attendre tous les jours sont insupportables, l’attente est effrayante. En réalité, nous ne voyons pas le potentiel créatif qui réside dans cette attente. Nous ne nous rendons pas disponibles et sensibles à ce qui nous entoure, et que nous pourrions prendre le temps d’observer. Comment, pour reprendre ces termes très actuels, optimiser l’attente ? Pouvons-nous provoquer et bénéficier de ces instants d’entre-deux ?
L’adolescence constitue une forme d’habitat temporaire métaphoriquement dans la mesure où le corps et l’esprit sont en perpétuels changements. Ces deux derniers ne parviennent pas vraiment à se fixer dans une cohérence avec l’être humain qu’ils constituent. Les adolescents se retrouvent alors dans une errance physique et mentale, comme l’exprime très bien le cinéaste Gus Van Sant dans sa «Trilogie de l’errance»(1). Mais ce qui nous intéresse ici, c’est surtout l’état psychique dans lequel nous nous trouvons à cette période de notre vie. En effet, l’adolescence est teintée d’errance. Et l’adolescence n’a plus d’âge aujourd’hui. Cette période devient cyclique tout au long de notre vie, et nous tentons de nous préserver de ces états incertains, qui sont pourtant, dans une certaine mesure, très fertiles et créateurs.
De nombreux autres cinéastes traitent dans leurs oeuvres cinématographiques de ces sujets. Les personnages, quelque soit leur âge, se trouvent à un moment charnière de leur vie, dans une période d’errance, et les auteurs jouent sur l’ambiguïté de ce sentiment : entre souffrance et liberté totale. Ces états incertains sont fascinants par le nombre d’images qu’ils génèrent dans les différents domaines artistiques, et par le sentiment de contemplation qu’ils provoquent.
Il est important de débanaliser l’attente, de tenter de la glorifier en quelque sorte ; attendre, c’est être disponible. Il existe, nous l’avons dit, une ambiguité face à ces sensations, impressions, sentiments relatifs à l’errance, à l’attente : on peut en souffrir ou on peut décider de transcender cela en sublimant et en tentant d’atteindre la contemplation. La contemplation réside dans la combinaison de notre disponibilité et sensibilité et ce qui nous entoure. Réalisons l’importance de s’accorder ces temps qui sont bénéfiques et positifs, et qui nous permettent de prendre du recul sur nous-mêmes. Ce n’est plus de l’ennui, c’est une nouvelle forme de productivité.
Le rapport au temps apparaît essentiel. Prendre le temps, nous ne le prenons plus. Course au temps, ne pas perdre de temps, «j’ai pas le temps». Le temps est une matière rare et précieuse. Mais lorsque nous sommes disponibles, alertes, libres de prêter attention à notre environnement, nous sommes alors réceptifs à entrer dans un nouvel état dans lequel le temps s’allonge, se suspend presque. Nous sommes attentifs à des détails qui nous font prendre le recul et relativiser ce temps qui passe et qui nous échappe. Cet état s’approche de la contemplation, ce n’est pas un état de passivité, c’est une posture hautement positive et créative pour chacun de nous.
Les temps modernes, Chaplin (Youtube)
Theo Jansen, sculptures cinétiques (Youtube)
Exposition “Survivre au temps” artiste Guido Van Der Werve (Youtube)









