JEUX DE MOTS – Elise Genvrin
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Celui ou celle qui ne parle pas
Le bébé est une personne1
Plusieurs psychanalystes et psychothérapeutes se sont intéressés au langage chez l’enfant, pensons à Myriam David2 ou à Françoise Dolto qui souligne dans ses écrits l’importance des paroles adressées par l’adulte à l’enfant, paroles qui peuvent l’aider à construire sa pensée, à devenir un être à part entière, l’aider à s’individualiser.
Le da, le non et le je
Chez les Romains, l’enfant est « celui qui ne parle pas »3. Pourtant, très tôt, l’enfant montre le désir de communiquer. Dès sa naissance, les pleurs et cris sont un moyen de partager ses besoins à ses parents. Mais ce qu’on appelle communément langage, c’est-à-dire les mots, apparaît vers la fin de la première année avec le premier mot qui permet de tout nommer.
Nous pouvons observer chez tous les enfants que le développement du langage se fait sur le même schéma : en commençant par le stade oral avec l’âge des gazouillis et le premier mot, qui permet de tout nommer (« da », « pa », « ma »…), puis le stade anal avec l’apparition du jargon et du non qui viendra avant le oui. Et enfin le stade œdipien avec le « je », la prise de conscience de l’identité sexuelle ainsi que le jeu symbolique qui permet à l’enfant de reproduire sa propre vie dans le jeu (s’il se fait disputer, il ira alors disputer ses jouets puis les consoler)4. Ce développement ne se fait pas tout seul, l’enfant a besoin d’accompagnement, d’encouragement et de soutien. Chez certains enfants, le développement se fait plus lentement. On observe alors des retards du langage ou encore des troubles du langage comme le bégaiement, la dysphasie ou encore la dyslexie.
Certaines méthodes conseillent donc aux parents de développer la communication avec leur enfant en n’allant pas au-devant de ses besoins mais en le laissant les exprimer, en ne parlant pas à sa place, en intégrant la parole dans les jeux ou encore en étant disponible pour des moments de communication.
Communiquer, oui mais comment
Les moments de communication entre l’enfant et les parents restent des moments privilégiés qui favorisent le développement du langage chez l’enfant : aujourd’hui la communication directe, en face à face est une chose de plus en plus rare dans notre vie quotidienne.
Aujourd’hui chaque foyer possède un voir plusieurs ordinateurs, connectés par le Wi-Fi, l’Adsl ou autres connections à Internet. Toutes sortes de sites web ou moyens de communication voient le jour : Facebook, MSN, Skype, etc. Il est rare de voir un enfant de plus de dix ans sans téléphone portable. La communication orale et directe se fait donc de plus en plus rare. Le moment d’échange le plus fréquent dans les familles reste les repas. Reste qu’aujourd’hui les repas en famille sont de plus en plus rares, chacun mange de son côté, ce qu’il veut et ces moments sont de plus en plus courts. Par exemple aux États-Unis le repas familial n’a lieu que trois fois par semaine et ne dure qu’à peine vingt minutes, alors que se multiplient les prises de nourriture hors repas, jusqu’à vingt fois par jour. Cette tendance a gagné l’Europe5. Les familles ne se retrouvent plus pour partager un moment ensemble et laissent place au vagabondage alimentaire ou au snaking. L’individu mange où, quand il le veut, solitairement, selon ses propres désirs6.
Comment favoriser ou inciter l’échange entre parent et enfant sans avoir à s’introduire dans leur intimité ou à intervenir sur la manière d’éduquer ?




