MANGER AUTREMENT – Anik Poirier
Événement - Ressources - Situation - Contact (anik.poirier@gmail.com)

« La gastronomie est l’art d’utiliser la nourriture pour créer le bonheur.»
Theodore Zeldin, 2007
Alors que l’alimentation répond à un besoin physique primaire, la gastronomie, elle, correspond au plaisir de manger. Ce plaisir de manger est intrinsèque au goût qu’à la nourriture. Mais la sensation de plaisir naît tout autant des bonnes odeurs, qui mettent en appétit et créent l’anticipation, de même qu’elle est intimement liée à la mémoire. Le plaisir passe également par les yeux qui reconnaissent un plat que l’on aime ou qui apprécient la valeur esthétique de sa présentation. Par les sons, comme la viande qui grésille sur le BBQ, un beignet qui frit sur la cuisinière, une soupe que l’on sape, des céréales de riz soufflé qui font cric crac croc. Sans oublier le toucher, stimulé par la texture des aliments, leur consistance, le chaud, le froid. Dans l’acte de manger, il y a tout un rapport au corps, presque sensuel. Manger est une expérience en soi, une
expérience plurisensorielle et pluriémotionnelle.
On se fait plaisir en cuisinant un bon repas pour des amis ou en se payant un festin au restaurant, mais a-t-on perdu le plaisir de manger au quotidien ? Est-ce devenu un geste banal à tel point que l’on se permet de manger un sandwich préemballé sur le coin de la rue entre deux rendez-vous ? Est-il à présent normal que chaque membre d’une famille mange séparément, l’un dans sa chambre devant un jeu vidéo, l’autre des restants réchauffés devant la télévision ? Nos nouvelles habitudes ont peu à peu détruit le bon goût des aliments et notre satisfaction à les consommer. Pourtant, il est démontré qu’une personne qui éprouve du plaisir en mangeant augmente les bénéfices des
aliments consommés de façon considérable.
Nous entretenons une relation très ambiguë avec la nourriture. Certains aliments nous font saliver, simplement par une odeur capturée d’une fenêtre ouverte. D’autres nous donnent des haut-le-cœur simplement par leur manque d’esthétisme, leur texture
désagréable, le mauvais souvenir qu’ils évoquent. Nos dégoûts peuvent également être conditionnés par des expériences vécues dans l’enfance, par soucis du traitement réservé aux animaux, les interdits religieux, les préjugés sociaux, etc. Les goûts et les dégoûts sont propres à chacun et contribuent à la relation d’attirance-répulsion que l’on entretient avec la nourriture. Par ailleurs, il existe également un paradoxe entre les besoins de la faim, et ceux du désir et du goût:
« L’appétit, qui incite et régule l’alimentation chez les animaux, serait sorti chez l’homme du domaine de l’instinct pour entrer dans celui de la sensation, opposant la faim de l’estomac à celle du palais qui ne s’éveillent ni ne s’apaisent en même temps. Or, ce sont les raffinements de la sensualité gastronomique et de l’art culinaire qui parviennent ainsi, à notre insu, à remplacer l’appétit légitime, régulier, cette providence intérieure de la nutrition, par un appétit factice, surexcité dans lequel au grand détriment de la santé, viennent se confondre le besoin et le désir. » Dr. J-B. Fonssagrives, 1865
De la pomme croquée par Ève au paradis, en passant pas les banquets romains
presque orgiaques et par la création des outre mangeurs anonymes à Montréal en 1960, de tout temps la bonne nourriture fut source de tentation et nous pousse à la gourmandise, à l’excès.
Lorsque l’on partage un repas, notre relation à l’autre devient tout aussi importante que l’acte de manger en soi. Les discussions que génère un repas partagé sont souvent objets de rapprochement. Aussi, manger avec l’autre implique des codes de comportements, des compromis.
Déguster un aliment à la fourchette, avec les mains, dans un plateau ou sur le corps de son/sa partenaire, notre façon de manger et l’environnement dans lequel on le fait engendrent des comportements différents. De nos jours, des chefs et designers collaborent afin de créer de nouvelles sensations, de nouveaux rituels, de nouvelles étiquettes bref, de changer les comportements alimentaires.
Votre maman vous a toujours dit qu’on ne joue pas avec la nourriture ? Et bien maintenant, si ! Et la table devient un grand terrain de jeu. Vous serez conviés, l’espace d’une soirée, à venir explorer les limites de la gastronomie par le biais d’une expérience au cours de laquelle excès, jeu, salissures, dégoûts et rires seront au rendez-vous. Par une série d’expériences, en solo, à deux, en groupe, vous serez amenés à apprécier les plaisirs de la bonne chère, mais aussi à dépasser vos tabous et à redéfinir l’étiquette.
PARCE QUE L’ACTE DE MANGER NE DEVRAIT JAMAIS ÊTRE BANAL.




