ZONES DORMANTES – Adrien Charretton
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ÉVASION – HORS CADRE
« Le monde évolue parce que certains marchent à côté des chemins.
C’est dans la marge que se font les plus claires corrections. »
Robert Mallet
Une machine : un cadre et sa marge
Une société est une grande machine composée de mécanismes humains et qui ont pour fonction l’avancement, le progrès social : ni plus ni moins qu’une machine à convertir l’homme primitif en homme évolué. On y naît en tant que pièce soumise à l’apprentissage d’un mode d’emploi, cherchant une place dans la grande grande structure. Seulement certaines des pièces du mécanisme n’ont pas la forme qui convient et n’arrivent pas à s’insérer dans la structure générale. Ces pièces seront mises de côté. D’autres se mettront volontairement de côté, pour plusieurs et différentes raisons. Certains cherchent à détruire la machine, d’autres à voir ce qui se passe en dehors, par curiosité. Certains cherchent à se déconnecter celle-ci, d’autres cherchent des sensations extrêmes, d’autres encore cherchent à en découvrir les endroits les plus inaccessibles. Certains voudraient construire une nouvelle machine, d’autres, faire marche arrière.
Présentation du reportage de Chantal Lasbats “Les Entrailles de New York
Dans toute société, il y a des règles à respecter, des codes imposés. Ceux-ci contribuent à créer un conditionnement social qui nous régit et d’où proviennent nos réflexes sociaux. Nous sommes tous soumis à une bienséance qui nous permet d’évoluer. Il y a des comportements, des modes de vie que l’on juge extrêmes ou inacceptables. Le cadre dans lequel vit chacun influe sur sa perception et l’interprétation qu’il donne à ce qui l’entoure.
On constate qu’une partie de la population, que ce soit par choix ou non, se démarque ou cherche à se défaire de ce conditionnement : le cadre crée sa marge. Vivre hors cadre ne signifie pas forcément rejeter de façon radicale le cadre social dans lequel on vit, mais montre plutôt l’intention ou l’obligation d’en sortir de façon temporaire ou permanente pour vivre autrement. On peut donc sortir d’un cadre politique, d’un cadre social, d’un cadre environnemental, d’un cadre temporel ou d’un cadre psychologique.
Volontaire ou involontaire
On peut entrevoir de deux manières ces mises hors cadre : vivre en hors du cadre de façon involontaire et y vivre de façon volontaire.
La première correspond à une situation à laquelle nous sommes soumis et pour laquelle on cherche une solution afin réintégrer le cadre. Et la deuxième correspond à un désir de s’extirper d’un cadre auquel nous appartenons déjà, ayant un pouvoir sur l’intensité et la durée de cette expérience.
Les mises en marges involontaires se définissent par des situations de vie subit et interviennent souvent suites à des événements néfastes dans la vie d’une personne et qui vont la détourner de sa vie et de ses habitudes.
Les sans-abri, mis à part une minorité, sont mis à l’écart n’arrivant plus à suivre ou à être production pour la société. Les agoraphobes ne pouvant supporter la présence des autres êtres humains, sont soumis à une vie exempte de toutes interactions sociales. Ainsi un handicap qu’il soit physique ou psychologique crée autant de marginaux, qui font face à de nombreuses portes fermés, cherchant à s’insérer dans le courant générale.Ces situations posent donc également des questions concrètes comme celle du logement et de la satisfaction de besoins primaires.
Extrait du Film La Belle Verte, Coline Serreau 1999.
Les mises en marges volontaires sont bien différentes. Plusieurs marginaux contestent le cadre social établi. Cet état de fait peut correspondre à un désir de renversement de l’ordre établi lors de mutinerie ou de renversement politique, ou encore une contestation de l’ère industrielle par à la déconnexion totale de l’environnement ; pensons au choix que certains font de s’exiler, seul ou à plusieurs, dans la nature ou dans des lieux retirés, presque inaccessibles. Des souterrains, des montagnes, des endroits où la nature à l’état brut ramène l’humain à ses sens et besoins primaires. On en retrouve les exemples dans des communautés libres comme à Christiana au Danemark. La recherche de liberté est une aspiration souvent avouée des comportements marginaux.
Des événements célèbrent cette mise en marge, pensons enfin au Burning Man dont le but est d’investir et de créer une zone en dehors des règles, un lieu où les fantasmes les plus fous peuvent être réalisés. Pour le meilleur et pour le pire.




