1 500 000 – Kamel Khalfet
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Une catastrophe
La terre tremble, attire l’attention sur un point. Haïti le désastre. La machine internationale se mobilise, tourne à plein régime, en montrant une autre qui s’est affreusement abîmé. Les tentes se dressent dans un décor apocalyptique. Les décombres façonnent l’espace et soulignent l’ampleur de l’événement. Un nouveau paysage horizontal, très dégagé et étouffant à la fois. Un paysage qui souligne des silhouettes humaines dans leur nouveau refuge, si familier et si étrange. Ce qui reste, des décombres en vrac témoignages d’une identité confuse et éventrée. Le deuil est reporté, l’espoir de renaître de ses décombres. La frénésie médiatique qui s’abat sur un autre événement.
Le monde assiste aux déracinements des victimes, les autres éprouvent à leurs égards de la compassion. La cible est visible. La machine médiatique s’installe et pointe à travers son viseur le « non-lieu refugiale ». La parole s’estompe, laissant place à un grand spectacle. Couvert par tout un arsenal technologique, chaque geste chaque expression de désespoir doit être captée. De la matière brute, de la chair ! On aime les histoires vraies sans trucage. Des journalistes qui se mettent en scène portant un bébé dans leur bras cherchant dans les décombres une image forte, un rêve de gosse , qui se réalise enfin. Une bulle qui se gonfle se renferme sur elle-même, s’éloigne petit à petit de la réalité, les réfugiés l’observe, comme bien d’autres.
CNN: Anderson Cooper Carries Bloody Child Away From Haiti Looters
Des réfugiés
Habiter un tel refuge, temporairement, c’est un compromis ; la perte de l’identité au profit de la survie. L’identité en tant qu’espace d’action, de réflexion et d’intégrité se voit transformé en matière médiatique. Un basculement si fort et si triste. Se réveiller lendemain et se retrouver dans le même état que celui d’hier, les jours passent, le temporaire s’éternise, devient un point d’encrage historique dans un monde qui évolue, commémore et oublie.
Habiter temporairement un espace, nos sens nous le font ressentir au plus profond de nous même. Habiter un camp de réfugiés c’est une forme de paralysie des sens, la brutalité du déménagement. Habiter le non-lieu, en suspend. Fragilité, dénuement, perte d’identité et de tous nos acquis, un fardeau pressé contre nos corps qui réduit nos gestes à l’essentiel, qui nous plonge dans un état primaire, instinctif, ôtant toute forme d’artifice, une vérité. Habiter le refuge, tel la restitution d’une vie avec des moyens hybrides et artisanaux — collage, retouche, assemblage. La communication est discontinue, courte compacté, répond au fond du besoin.
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